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21/04/2010

Faites rerentrer l'accusé

LTAC.jpgLe 7 mai, les lecteurs de Marie-Aude Murail auront la réponse, dans Le Tueur à la cravate (l'école des loisirs, "Médium", 362 p., 11,5 €) à la question qu'ils se posent tous : M. Cassel (comme Jean-Pierre, pas Vincent, mais il s'appelle Martin, il faut suivre), respectable médecin anesthésiste, a-t-il tué sa femme ou bénéficié de la présomption d'innocence réservée aux notables des villes de province ? Sa grande fille, associée à sa meilleure amie, décide d'enquêter. Donc les soupçons pleuvent. Afin de voir plus loin, il faut régler le cas des jumelles parmi lesquelles se trouve la défunte. Puis régler le cas d'un fou pas si fou dont tout le monde se fout, sauf sa fille, laquelle se trouve être la baby-sitter du Doc' (quand elle n'est pas femme battue). Puis se sortir du cas "Copains d'avant", site sur lequel les filles du Doc' ont commencé leur traque, quitte à faire surgir un monstre puant à force de remuer la merde qui dormait. Une émule de Julie Lescaut sauvera-t-elle les anciens de la Terminale C3 en danger de mort ? (Réponse : non. Sinon, y a pas de roman de Marie-Aude Murail, plutôt un bouquin de Régine Detambel sur un ado qui trouve le bonheur en jouant de la flûte à bec, sans métaphore.)
Le résultat est un texte qui joue avec les codes de Mary Higgins Clark et consorts (un peu) et des émissions de télévision sur faits divers plus ou moins (bien) résolus. Bien qu'il soit égayé plutôt par une sauce muraillique que par une crème parodique sur le genre thrillerique, le roman ne nous a pas semblé avoir la nervosité coutumière des textes de l'auteur. [Il paraît que son époux lit à l'auteur certaines de nos critiques. Il n'aura qu'à sauter la phrase précédente. Moi aussi, ça m'énerve quand un universitaire juge que mon nouveau livre n'a pas "la nervosité coutumière" des précédents. La "nervosité coutumière", franchement ! Petit con, va.] Heureusement, Le Tueur... a d'autres atouts dans sa manche, qu'il joue à des moments opportuns. Citons quatre de ces atouts - pas trois ni cinq, quatre, parce que.
Atout un, comme souvent, l'auteur a le chic pour que son livre, fini plus de six mois plus tôt, soit publié au moment où son sujet revient sous les feux de l'actualité : moins Internet et l'usurpation d'identité que l'erreur de justice et ses corrélats (l'inégalité sociale et le préjugé, la folie au tribunal, la révision judiciaire, etc.). Cela renforce son attractivité immédiate ; et, le problème n'étant pas près d'être résolu, cela ne remet pas en cause son intérêt à long terme.
Atout deux, pour les habitués de l'oeuvre muraillique, de nombreux auto-intertextes s'imposent, auréolant les personnages principaux d'adultes. Flotte et volette par exemple l'ombre de la trilogie fantastique publiée en "Médium" de 1997 à 1999 - ainsi de la baby-sitter, qui évoque la secrétaire sceptique du Centre d'ufologie. Les proximités et les décalages avec les modèles originaux sont aussi intrigantes et amusantes les unes que les autres.
Atout trois, la marque muraillique est presque partout, avec ces humours qui font feu de tout bois, de préférence vert. Ainsi d'Alice, qui "aimait bien ses parents" mais "pensait parfois qu'euthanasier les vieux pourrait être une solution envisageable" (37). Ainsi du dimanche que l'imperturbable peut-être-tueur protestant et néanmoins trenettique décrit ainsi : "Le dimanche a été créé par le Seigneur pour que les enfants s'emmerdent" (65). Ainsi de Martin Cassel, qui "avait appris dans son enfance qu'il faut implorer l'aide Dieu pour surmonter les épreuves de la vie" mais qui s'aperçoit que, "à 3 heures du matin, il préférait un Martini" (117). Ainsi de la vengeance, ce "plat qui se mange froid, mais vingt ans plus tard, c'était carrément du surgelé" (171). Ainsi du suspect mis en cellule et interpellant l'agent con et vaguement sciencieux : "Je n'ai pas de lacets, je les défais quand même ?" (200). Ainsi de cet olibrius "levant les yeux au ciel puis redescendant sur Terre" (224). Ainsi de cette classification des crimes selon la Bible, permettant de rassurer les agresseurs devenus alliés : "'Tu ne voleras pas', c'est après 'Tu ne commettras pas d'adultère'" (254). Ainsi de Kim, qui "s'était engagée dans la police pour être dans cette chambre-là le lundi 1er juin à 0 h 26" (274). Etc.
Atout quatre, Le Tueur à la cravate se termine par un making of comme en a signé notamment Martine Pouchain dans son excellentissime ouvrage, Les Ostrogoths. Le "journal de bord du Tueur à la cravate", intitulé Comment naît un roman (ou pas) n'est pas la partie la moins intéressante du livre. D'une part à cause de son insertion, qui impose au lecteur de réfléchir à au moins deux questions : pourquoi ce bonus ? et pourquoi sous cette forme (pas sous blog ou sous un livre supplémentaire) ? D'autre part à cause de son contenu, qui met en scène l'écrivain en bon professionnel (enquête, doutes, réorientations des projets, blancs, rencontres avec ses lecteurs...) mais, Dieu soit loué, pas que. Grâce à lui, rappelons en trois points pourquoi Marie-Aude Murail n'est pas Régine Detambel.
D'abord, scoop, Marie-Aude Murail est hyper orgueilleuse ("vais-je être davantage traduite en anglais, ce qui me permettrait de passer définitivement nos frontières ?") et, re-scoophyper modeste ("Vais-je m'imposer comme le meilleur auteur [pour la] jeunesse français", 312 - qui prétendrait que ce n'est pas le cas, si l'on exclut Régine Detambel, bien sûr, et encore, c'est parce qu'elle kiffe la flûte à bec, ce qui est aussi pertinent que de faire un gros câlin à une ligne haute tension en la confondant avec un nounours ?). Ensuite, Marie-Aude Murail est spécialiste des blagues débiles : ainsi de Ruth qui ne peut pas prononcer son nom à l'anglaise parce qu'elle est blonde, 313 ; du poisson rouge qui, n'ayant "qu'une capacité de mémorisation de quelques secondes" répète "charmant endroit à chaque nouveau tour de bocal", 320 ; des commentaires sur les groupes Facebook type "Pour ceux qui pensent que Françoise de Panafieu a un caniche albinos mort sur la tête" ou sur les freezes qui permettent "à l'organisateur de se sentir puissant et au participant de se dire qu'il n'est pas le seul con sur Terre" (324) ; de son résumé de Jacques Attali ("il écrit plus vite que moi, mais il doit moins se relire", 328). Enfin, Marie-Aude Murail est presque humaine, si, si : elle s'impose plein de défis littéraires, comme trouver un nom à son "petit ordi", 328 ; elle fait la cuisine ("un peu"), "un peu de ménage", mate des films, se demande si son papa acceptera une opération vitale, fait une préface pour un livre passionnant le 4 avril (347), se risque chez les protestants, marche, parle, lit, raffole de France Gall qui croit traverser plutôt que résister, et commente ce qui se passe quand elle a mis son point final dans la gueule de son roman : "J'ai un petit sentiment de culpabilité parce que je ne fous rien. Mais autrement, c'est bien" (359).
Ces quatre atouts - et quelques bonnes coupes à coeur que nous laissons au lecteur le plaisir de découvrir - ne premettent pas au Tueur à la cravate de réussir le grand chelem dont Marie-Aude Murail est coutumière ; mais ils offrent à l'auteur une large victoire dans cette nouvelle partie. Vivement la donne suivante.
BF

06/03/2010

Sain Malo

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[Ce post étant trop long, je suggère aux lecteurs de s'en tenir au résumé suivant : Malo de Lange, fils de voleur est un très bon roman de Marie-Aude Murail, je vous conseille de le lire.]
A seize ans, Malo décide d'écrire ses mémoires, un au cas où, deux parce qu'il a de quoi remplir un livre, pouvant arguer d'une solide expérience des joies de la vie telle que l'on les imagine au dix-neuvième : pseudo-orphelin, adopté, enlevé, fugueur, ami de vedette dramatique, bandit de petit chemin, agent double, traître à ses potes, fils de pute puis de bandit devenu flic (on ne sait pas ce qui est le pire, dans son échelle de voleurs), dragueur de jolie noble, son CV impressionne d'autant plus qu'il est mis en page par Marie-Aude Murail dans Malo de Lange, fils de voleur (l'école des loisirs, "Neuf", 2009, 277 p. dont annexe, 11 €).
D'emblée, le titre crée une dissonance avec le principe de ces "Mémoires". Cette incohérence apparente entre une autobiographie, promise dès la première page, et un titre romanesque qui laisse supposer une fiction hétéro et extradiégétique, renvoie le lecteur, discrètement, à la question de la littérature et de la fiction. En effet, dans ce livre, où résonnent les hommages rendus à Charles Dickens, Eugène Sue, un brin de Perrault et même un soupçon de Comtesse de Ségur cul par-dessus tête, ainsi que les voix de Tristan L'Hermitte et d'Émilien le baby-sitter qui rêvait de s'acheter un magnétoscope en francs, Marie-Aude Murail associe une fois de plus, d'une part, l'art imparable du récit, construit et mouvementé, au rythme soutenu mais contrasté, multipliant les personnages qui peinent à entrer dans les cases des stéréotypes où l'on croit un temps pouvoir les ranger, avec, d'autre part, la mauvaise foi séduisante qu'autorise le talent.
Soyons clairs : je ne crois pas que Marie-Aude Murail soit géniale. Je pense même que c'est pour cette raison que je continue d'étudier son oeuvre avec autant d'intérêt qu'il y a treize ans, quand je réfléchissais aux dialogues de Dinky rouge sang. Personnellement, je n'aime pas beaucoup le génie. Le génie est celui qui a assez de charisme pour qu'un groupe de fans ou de lèche-bottes juge son oeuvre révolutionnaire et novatrice. Plus c'est pas comme, plus c'est mieux. Cette idée de rupture est absente de l'oeuvre de Marie-Aude Murail, ce qui ne l'empêche pas de disposer, elle aussi, de fans et de lèche-bérets. Au contraire, l'oeuvre considérable de cet auteur s'inscrit dans la continuité d'une tradition littéraire, qu'elle inscrit à son tour dans son oeuvre par allusions, références, parallélismes, etc., provoquant un va-et-vient palpitant entre actualité du roman et héritage assumé (perspective d'autant plus stimulante que ce dialogue inclut, à la longue, un dialogue interne à l'oeuvre de Marie-Aude Murail elle-même). La romancière ne prétend pas inventer des formes narratives nouvelles ; elle ne juge pas pertinent pour autant de se contenter d'appliquer des méthodes narratives qu'elle maîtrise pourtant sur le bout du clavier ; la valeur de ses plus beaux textes tient précisément dans cette tension qu'elle rend mieux que quiconque, entre la nécessité d'inscrire son texte dans un genre (le roman pour la jeunesse), selon de nombreux codes, et le besoin de revitaliser ces codes en les tordant, en les mettant à nu et en interrogeant leur facticité (cassure de l'illusion romanesque) tout en prouvant leur efficacité. Le résultat est brillant comme une pièce de cinq francs neuve glissée dans un balluchon et que l'on découvre alors que l'on ne s'y attend pas.
Dès lors, le charme opère par magie, c'est-à-dire par ignorance. A l'instar du Coca-Cola, la recette des romans muraillistologiques est secrète, alors que l'on connaît la composition du produit - en l'occurrence, savoir-faire et talent. Le savoir-faire plonge le lecteur dans une aventure palpitante, drôle, efficace ; le talent ajoute une pincée d'épices à la lecture en s'autorisant syncopes narratives (ellipses implicites ou explicitées, analepses oralisées, prolepses inattendues), jeux sur le langage (anachronismes sémantiques des premières pages, idiolecte de l'argot filé de bout en bout et oscillant entre traduction interne, notes de bas de page, absence sporadique de sous-titres, effets de miroir pour le lecteur qui entrave mieux l'arguche au fil du récit, à l'image de certains personnages, ainsi que le souligne l'auteur) et métatextes judicieux, dont la vocation n'est pas toujours réductible à un effet comique. Le talent est la modestie du savoir-faire : il admet que, derrière toute émotion de lecture, il y a une astuce d'écriture ; il reconnaît sa dette aux conventions ; il ne nie pas la fabrication qui préside à l'écriture ; mais il ne l'entrave pas non plus - la dette littéraire n'est jamais le sujet des romans de Marie-Aude Murail.
Par conséquent, l'incohérence entre le titre et le contenu pousse celui qui veut caractériser ce roman à dépasser la catégorisation pour privilégier la typologie. Ce texte ne relève pas d'un genre au détriment des autres. Il émarge dans plusieurs catégories littéraires. Donc, oui, premièrement, Malo de Lange, fils de voleur est une autobiographie : c'est le pacte de lecture signé dans le prologue et assumé de bout en bout. Et oui, deuxièmement, Malo de Lange... est un roman historique à tendance mélo, comme son titre l'indique, comme son découpage en chapitre l'indique, comme ses titres de chapitre "à l'ancienne" (mais avec des numéros "à la moderne") l'indiquent, comme son écriture l'indique (alternance récit / dialogues, syntaxe, constructions logiques, idiolecte moyen permettant de valoriser les registres différents), etc. Et oui, troisièmement, Malo... est un roman de Marie-Aude Murail (si, si), comme sa première de couverture l'indique, comme la construction de ses personnages l'indiquent, comme la variété des humours l'indique, comme des thèmes chers à l'auteur l'indiquent (ex. : la filiation, la relation entre les enfants, la différence donc la proximité des sexes), comme la coexistence entre la puissance du métier d'écrivain (que celui qui ne pleure pas p. 200 se tranche la tête, elle ne lui sert à rien) et la distance instaurée par toutes les dissonances que l'écrivain sème dans sa symphonie harmonieuse, etc. En ce sens, Malo de Lange est une rencontre exceptionnellement réussie entre le roman historique et un écrivain pour qui un bon roman historique a le droit, aussi, d'être un livre littéraire plaçant le genre devant ses contradictions, le récit vraisemblable devant sa facticité, et le langage devant ses apories.
En conclusion, Malo de Lange, fils de voleur est une démonstration de force de Marie-Aude Murail. Signe du savoir-faire de l'auteur, le texte est d'une drôlerie imparable, tant dans les dialogues ("- Et le mari de la paysanne, on pourrait l'interroger ? / - On pourrait, oui, mais il est mort", 13 ; "Tu dis toujours n'importe quoi, ou c'est seulement ce soir ?", 154), que dans les situations ("et parfois, en voulant presser le pied de ma tante, [Lamproie] écrasait celui de l'abbé qui haussait les sourcils. Mais c'est que tous deux portaient une robe", 30 ; "j'étais un homme. Malheureusement, je m'appelais Hortense", 190), le frottement des registres de langue, et surtout l'excellence de la vedette de Malo... : le gimmick proverbial. Le principe de celui-ci est d'analyser de nombreuses situations via ce qu'en auraient dit d'autres personnages dans des situations complètement différentes. Ex. : "La vie comporte des hauts et des bas, comme disait le monsieur qui venait de monter cinq étages pour se jeter par la fenêtre", 247 ; "J'avais beaucoup progressé sur le plan moral, comme disait le loup aux sept biquets pour leur faire ouvrir la porte", 201 ; "Mais commençons par le commencement, comme disait le bourreau à Marie-Antoinette en lui coupant les cheveux", 8, etc. Comme souvent chez Marie-Aude Murail, on ne sait ce qu'on doit admirer le plus : la puissance du running-gag, l'absence de défauts (aucune comparaison ne paraît plus faible qu'une autre), l'insertion pertinente (toutes les occurrences tombent opportunément) ou la légèreté de l'utilisation (pas de saturation : les connaisseurs imaginent avec effroi ce qu'une arme comique aussi dangereuse aurait donné dans un texte de Bertrand Ferrier...).
Dans cette histoire de grinches, les grincheux trouveront certes quelques scories, par exemple des répétitions qui auraient pu être allégées (ex. : bien, déjà, faire), des chutes de chapitre parfois décevantes, quelques rares "trucs faisant roman pour la jeunesse" (ex. : "Je compris que j'avais eu une très mauvaise idée en y domiciliant ma tante Briqueboeuf, mais je ne sus pas pourquoi", 155) et, honte à l'éditeur, surtout vu le prix corsé, les folios non enlevés en bas des pages de fin de chapitre, en sus du tiret de dialogue en trop p. 85 et de nombreux oublis de "." en fin de phrase, par ex. Ces grincheux-là aussi auront raison, mais ils ne gommeront pas la puissance de ce roman - car, parfois, avoir raison ne suffit pas, comme disait l'arachnophobe au moment où la mygale le piquait.
BF

21/01/2010

Marie-Aude Murail, toujours très poly

OLT.jpgPierre Robert, qui a, on peut le dire, des notions de Marie-Aude Murail, nous signale que, le samedi 6 février à 17 h, à l'espace André-Malraux du Kremlin-Bicêtre, Olivier Letellier jouera, après quatre représentations scolaires in situ, une version théâtrale et bretonne d'Oh, Boy !. Ce tube de la romancière a déjà fait l'objet d'un téléfilm aussi lamentable, sauf pour les amateurs de folles qui s'agitent dans un sauna, que le roman est efficace. Après avoir adapté un roman de Laurent Gaudé, La Mort du roi Tsongor, le "comédien-conteur" s'empare d'une adaptation de Catherine Verlaguet afin de raconter en une heure "l'histoire de cette fratrie avec l'humour et la légèreté dont fait preuve le personnage de Barthélémy, comme une proposition de point de vue sur comment prendre la vie". Dit comme ça, c'est pas très, très appétissant, mais le roman peut donner prise à une pièce sympathique, et, nous précise notre source, "Marie-Aude Murail sera dans la salle". Rens. ici. Goûter offert après le show. Miam !
BF

08/01/2010

Y a des tensions dans l'air...

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Les 21 et 22 janvier, Daniel Aranda organise pour le pôle universitaire yonnais un colloque sur "l'enfant et le livre, l'enfant dans le livre : tensions à l'oeuvre". Trois axes sont au programme (très esthétique) : les tensions éducatives, les tensions sociétales et les tensions narratives". Pour un professionnel de la trinité amoureux des plans clairs, le colloque s'annonce donc sous les meilleurs auspices. Notez que l'on y parlera de force sujets palpitants, parmi lesquels les abécédaires, les littératures étrangères, les petits cochons, Le Petit Nicolas, les orphelins et enfants trouvés chers à une fidèle cyberlectrice, et bien sûr l'oeuvre de Marie-Aude Murail, via une communication intitulée : "L'adulte est un enfant bizarre (et réciproquement), figures de l'enfance et de l'âge adulte dans l'oeuvre de Marie-Aude Murail" - surtout dans la série des "Nils Hazard", ai-je cru comprendre. Joli tract et informations précises ici.
BF
PS : Christine Authier sera en concert avec Christian Pacher et Tony Sauvion le 23 janvier à Lussac les Châteaux (86). Rendez-vous à 20 h 30 à la salle des fêtes. Entrée à 10 €, gratuit jusqu'à quatorze ans. Rens. et réservations ici.

25/06/2009

Matez mes métalivres !

MAM.jpgQui veut métalire un métalivre, entendu comme un livre qui parle des livres ? Anne-Sophie Baumann a publié en mai chez Tourbillon un "ExploraDoc" intitulé Comment faire un livre ?. Question complexe puisque, hormis M. Harlequin, champion de l'amour qui tamponne comme un fou tous les mots de la langue française, les auteurs, éditeurs, fabricants, imprimeurs, diffuseurs et distributeurs doivent travailler de conserve pour faire exister ces parallélépipèdes feuillus, ce qui est drôlement vicieux (c'est vrai, quoi : s'ils constituaient des ronds pleins de feuilles, ce serait plus difficile à mettre sur des étagères, mais bien plus facile à écrire qu'un parallépéli qu'un palarréré qu'un rectangle en relief). Plus de détails accessibles aux djeunses, featuring Marie-Aude Murail herself, dans les 44 pages de ce volume.
BF

19/06/2009

Marie-Aude Murail sort couverte

MAM.jpgPierre Robert, plutôt bien informé en termes muraillistiques, nous communique la couverture du prochain roman de Marie-Aude Murail, signée Yvan Pommaux. Le volume paraîtra à l'automne en "Neuf" à l'école des loisirs. Indices : le livre s'appellera Malo de Lange, fils de voleur (un premier titre, incluant un mot qui commence par "p" et finit par "ute" aurait été refusé) et contiendra "280 pages d'aventures entre Tours et Paris par-delà le Bien et le Mal, comme aurait dit Friedrich..." Le buzz nietzschéen est lancé !
BF
PS : pour les Québécoués du Pouétou, r'dez-vous en juillet à Bignay pour parlurer de poudrerie et de turlutte avec Jean-Guy Deraspe (pour l'écouter directement, aller ) et Red Mitchel, pour une soirée qui s'annonce pétillante malgré ses inévitables poncifs américanophobes. Sinon, rappelons que Gilles Vigneault a sorti un nouvel album et sera (vivant, a priori) à l'Olympia le 26 octobre. Il semble rester quelques places, ça ne devrait pas durer ben longtemps, tam dili dam !

07/06/2009

Les monstres du 104

MAM.jpgAujourd'hui à 15 h 30, tandis que Roger et Robin s'affrontent, deux monstres sacrés des romans contemporains pour la jeunesse se font face. En effet, "Marie-Aude Murail (photo de gauche quand elle avait quatre ans) dialogue avec Marie Desplechin autour de Miss Charity au 104, nouvel espace culturel de Paris, sis dans le dix-neuvième arrondissement, 5 rue Curial." L'entrée est libre comme l'air.
BF

18/03/2009

Fluctuat nec mergitur

MAM.gifAvec Miss Charity, Marie-Aude Murail démontrait que, en matière de roman historique sur le dix-neuvième siècle, Marie Desplechin avait encore du chemin à faire pour être à la hauteur : au sympathique talent de Séraphine et autres Grenadine de satin, la doctoresse ès Lettres formée par Alain Lanavère ajoutait l'art de la forme pour transformer son grand format illustré en un produit original parmi ses frères de race, les romans historiques pour la jeunesse.
Avec Papa et maman sont dans un bateau, son nouveau roman pour "Médium", Marie-Aude Murail continue de creuser un thème qui prend une importance croissante dans son oeuvre : le taedium vitae. Autrement écrit, la déprime. Le à quoi bon. Car "plouf, parfois la vie fait plouf", eurent chanté les Wriggles époque drôle, ou Allain Leprest à ses grandes heures.
Résumons. Maman Doinel est une instit parfaite, mais la perfection ne la satisfait pas : quand on a atteint ce stade, que reste-t-il à espérer ? Papa Doinel est un beau gosse sexy auquel aucune femme ne résiste bien qu'il résiste à peu près à toutes ; patron d'une agence de transporteurs, il découvre les joies hollandaises de la mondialisation et doit choisir entre sa vie de bon père de famille et son image d'admirable boss paternaliste. Le fils Doinel est solitaire et vaguement surdoué ; doit-il renoncer à sa tranquillité pour faire plaisir aux psys, aux profs et aux parents ? La fille Doinel est assez mignonne pour troubler son papounet, mais assez passionnée de mangas roses pour se demander si toutes nos histoires de love ne sont point que piètres comédies. Enfin, révélons le fin mot de l'histoire, que l'on découvre très tôt : outre la cohabitation, un élément unit ces quatre zozos - le rêve d'une yourte mongole.
Les lecteurs férus de Marie-Aude Murail retrouveront à peu près tout ce qui fait le prix de cet auteur. Donnons-en six éléments, parmi d'autres.
Un, le savoir-faire : le récit est impeccablement agencé.
Deux, l'humour, arme imparable, qui fait feu de tout bois : le congrès de didactique résumé pages 73-74, sur "l'art d'aider l'apprenant dans son apprentissage de l'acte d'apprendre" est à ce titre un modèle qui a, Dieu soit au moins loué pour ça, de nombreux clones dans ce texte.
Trois, l'intertextualité, qui se développe selon trois axes principaux : les convocations directes (Truffaut, Norge, Tardieu...) ; les citations à comparaître d'anciens personnages (l'inénarrable Chapiro, le rôle des céréales qui évoque la série des Emilien) ; et les parodies / imitations (mangas, didactique, radio et presse).
Quatre, les trouvailles formelles, telles que l'insertion récurrente de synopsis de séries de mangas ou l'adjonction de schèmes (on regrette que la remodularisation fonctionnelle et organigrammatique de l'entreprise où travaille Doinel n'ait pas donné lieu à une figuration représentative).
Cinq, le réinvestissement de l'univers scolaire, distillant du fictionnel dans le documentaire (le roman dit "réaliste" a-t-il d'autre mode de fonctionnement ?), qui pousse le bouchon encore plus loin que dans Vive la République ! (Pocket Jeunesse).
Et six, la mauvaise foi du lecteur, qui le pousse à se gausser de la perfection de la famille représentée par l'auteur, comme si seules les "familles dysfonctionnelles" avaient désormais droit de cité, et l'amène à tempêter contre le happy end final, bien qu'il l'ait espéré pendant trois cents pages. Pourtant, on aurait tort de réduire cette convention du happy end à une obligation gentillette : l'image terrible des deux couples qui se promènent et forment un reflet (papa / maman d'un côté, fistonne / petit copain de l'autre) participe de la définition du taedium vitae. Tout se répète. La seule chose qui ne change pas, c'est le surgissement insupportable et nécessaire de la lucidité, qui permet de constater la vanité de l'existence et la médiocrité de nos choix - et qui donne aussi à Marie-Aude Murail l'occasion de développer ce thème longtemps tabou de la déprime. L'usage stimulant qu'elle en fait rappelle que le bonheur peut bien être un sujet romanesque, puisque rien n'est plus fragile et angoissant, donc plus scénarisable.
En conclusion, ce roman touffu et de lecture feuilletonnesque n'est pas le plus évidemment novateur de l'auteur. Mêlant l'art du scénario à la Nous deux, que l'auteur connaît bien, avec la férocité de l'observation, il continue néanmoins d'explorer et de cultiver le champ du roman pour la jeunesse avec une audace littéraire d'autant plus intéressante qu'elle est discrète, insérée dans les conventions que l'auteur a contribué à établir. Ce roman de la grisaille intérieure avance masqué sous des airs de récit joyeux donnant des pistes psycholo-bobo pour survivre à la mondialisation. Alors, oui, malgré le statut (la statue ?) de l'auteur, on note avec regret, outre la saturation des "bien", "tous", "faire", "commencer", "déjà", "un peu", qui aurait pu être allégée, des formulations maladroites dont participe telle anacoluthe ("ayant légué à sa fille sa blondeur et sa beauté, il n'en restait plus grand-chose à Mme Blamont", 216, etc.) associée à telles agrammaticalités a priori non signifiantes ("Charlie en fit une grimace de dégoût", 179 ; "Jules, bien que lançant autour de lui des regards d'Indien sur le sentier de la guerre", 100, etc.) ou à telle expression fautive ("Elle est la seule à être si souvent en retard", 174, pour "Elle est la seule à être souvent très en retard", etc.). On ajoutera même dans la balance certaines contradictions : par exemple, comment l'ex-anglophobe peut-il penser spontanément à un big boss (89), lui à qui même le concept de toaster répugne ? Erreur ou volonté de souligner le rejet du grand patron par le petit patron ? A débattre.
Reste que le plaisir et l'intérêt d'un lecteur sont fonction de proportion ; et, ici, les proportions sont très favorables à Marie-Aude Murail, ce qui ne surprend guère. La perfection n'étant, par chance, pas de ce monde (on s'étonne néanmoins que, pour onze euros, l'éditeur n'ait pas jugé pertinent de présenter un produit fini, par exemple en ôtant les dernières pages blanches), c'est cette perfectibilité toujours recommencée qui fait que Marie-Aude Murail est grande, l'éléphant irréfutable et Nicola S. l'auteur de ces vers sévères : "Ah la première fois / Et la peur de se voir / Garder les yeux fermés / Est-ce que tu vas me tromper ?". Définitif.
BF

29/10/2008

Vus à la télé

Oh Boy.jpgPas un jour, cette semaine, sans que la télévision ne propose la poly-exploitation (au sens d'adaptation télévisuelle) d'un livre. Outre les rediffusions des James Bond et la multi-diffusion de Persepolis sur Canal +, outre les adaptations de la série "Nicolas Le Floc'h", par ex., les livres pour la jeunesse bénéficient aussi de cette exposition selon deux axes.
D'une part, les dessins animés : Françoise Hache-Bissette, spécialiste de James Bond, nous rappelle ainsi que la série Pénélope est à l'antenne les lundi et mardi, et du jeudi au samedi à 7 h 40 dans "Debout les zouzous". Or, cette histoire de koala à nez rouge qui découvre les alentours avec un lapin sous le bras, Aladin le tigre, Stromboli le chien, Césarine l'oursonne et Lili Rose l'éléphanteau, est issue d'une série parue chez Gallimard Jeunesse.
D'autre part, les romans : classée par France 2 dans la catégorie des "téléfilms sentimentaux", l'adaptation de Oh, boy ! de Marie-Aude Murail, succès de l'année 2000 et prix France-Télévisions, sera diffusée ce mercredi en prime time à 20 h 55. Réalisé par Thierry Binisti, scénarisé par Véronique Lecharpy, le résultat (photo) met en image cette histoire d'orphelins (notre thésarde mancello-égyptienne spécialiste des orphelins dans les livres pour la jeunesse s'en réjouira) recueillis par leur demi-frère, un homosexuel "décontracté", et poursuivis par la loi personnifiée par le juge Mauvoisin. Comment cela finira-t-il bien ?
BF